Madame, Monsieur,
Jusqu’à hier, les enseignants du primaire et de maternelle étaient formés durant 3 ans puis 2 ans puis 1 an dans des instituts universitaires de formation des maîtres. Cette formation était prise en charge comme un investissement, et cela fonctionnait.
Jusqu’à hier, chaque enseignant conduisait sa classe assurant le présent, le quotidien et l’avenir. Chacun tenait les familles au courant trimestre après trimestre du parcours, des acquis, des délicatesses et des perspectives de leur enfant, voire par des RV intermédiaires.
Jusqu’à hier, les parents confiaient des informations qui étaient tenues au secret professionnel par les directeurs (médicales, personnelles, professionnelles . . .)
Jusqu’à hier, la confiance triangulaire parent enfant maître était stable.
Jusqu’à hier, était demandé à l’école publique de préparer les élèves au collège, au collège de les préparer au lycée, au lycée de les préparer aux choix d’orientation et à des perspectives de vie active.
Jusqu’à hier, les parents confiaient leurs enfants à l’école. Ils avaient confiance. Aujourd’hui, des informations sont demandées par voie électronique par les inspections académiques en ce qui concerne le niveau scolaire, l’assiduité, les résultats à des évaluations sommatives imposées . . . Comme si les difficultés pouvaient être identifiées de l’extérieur ; comme si les moyens d’y remédier étaient proposés par les inspecteurs à la place des maîtresses et maîtres de terrain.
Tâche est donnée aux enseignants de dire à tout le monde qui est faible, où il est faible, et remplir les stages « d’école en plus » que pour animer, beaucoup d’officines privées lèvent le doigt.
Pour le moment, cette tâche est encore confiée à des enseignants qui veulent travailler plus.
Madame, Monsieur, votre enfant n’est pas une marchandise que l’école devrait rendre conforme, normé.
Enseigner ce n’est pas remplir un pot, c’est allumer un feu ! C’est considérer sa classe comme une poignée d’étoiles dont une, un jour peut-être, nous sauvera tous, ou dont le descendant de l’une seule d’entre elles permettra ce qui est encore inimaginable aujourd’hui. C’est faire entendre à chacun que le rêve n’existe pas ; qu’il n’est qu’une réalité lointaine accessible à force de volonté et de courage. A cette époque où le plaisir immédiat est possible à tout moment, l’accès au plaisir intime de la chose bien faite demande une patience soutenue et une grande confiance en l’autre.
C’est en stigmatisant le plus faible que l’on affaiblit la responsabilité des autres.
Parce qu’une classe est un bouquet dont chacun est une fleur, le bouquet a besoin de chaque fleur, chaque fleur a besoin du bouquet. La force majeure d’un bouquet est là. Chacun est responsable de sa fleur et aussi du bouquet. Chaque fleur a le droit de faner un petit peu ; tant qu’elle est reconnue fleur du bouquet elle est sauvée.
Elle peut compter sur les autres.
Comme les fleurs, les humains sont semblables et différents.
Isoler les fleurs les plus fragiles, faibles, en difficulté, c’est, pour sûr, inviter le bouquet à se passer d’elles ; apprendre aux enfants à ne pas se soucier des plus faibles. Et fatiguer encore plus les « repérées » qui ne se sentent plus soutenues par la dynamique du groupe. C’est une entorse majeure à cette valeur républicaine qu’est la fraternité. L’égalité aussi semble menacée, quant à la liberté où est-elle franchement quand chaque enseignant doit faire la même chose à la même heure ? Quand les écoles deviennent des banques de renseignements des familles vers plusieurs détenteurs du secret partagé ?
Pour avoir refusé de renseigner ce fichier BE, certains directeurs sont punis d’un jour de salaire, menacés de destitution de leur statut ; d’autres qui entendent conduire leur classe comme ils l’ont fait depuis des années, conscients de leur responsabilité pénale mais également morale se voient privés d’une partie de leur salaire . . . les sanctions, les menaces de sanction, pleuvent.
Par qui serons nous gouvernés dans 20 ans ou 30 ans une fois que les fichiers seront à la disposition de ceux-ci ? La mise en fiche avec un numéro pour les enfants âgés de 3 ans est dangereuse surtout avec les risques d’erreurs ou les mauvaises intentions. Surtout pour une durée indéterminée (jusqu’à 35 ans).
L’ONU, la LDH, la CIDE, soutiennent les directeurs et directrices qui refusent de renseigner un quelconque fichier et demandent à la France de s’expliquer à ce propos. Le parlement n’en a pas même débattu.
Le maître maîtrise ; l’élève s’élève, s’il n’y a pas de confusion entre éducation et élevage.
Olivier, directeur dans l’Aveyron
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Dernière mise à jour : mardi 9 février 2010